Manifeste pour la responsabilisation des élites

Pour de futurs responsables responsables

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Projet : inscrire dans le cursus universitaire et des grandes écoles une expérience concrète et régulière des réalités sociales

Par Alice Volkwein et Jean-Baptiste Mauvais

La « déconnexion » de certaines élites politiques ou économiques est régulièrement pointée du doigt. Pourtant, elle ne suscite que des réprobations sans lendemain, comme si la résignation devait l’emporter sur le changement.

Or cette déconnexion n’est pas innée : elle est le fruit d’une éducation peu portée sur les autres. Avec la disparition du service militaire, ce qui restait de mixité sociale au sein de notre société n’existe plus.

Pourtant, il est possible grâce à l’éducation de faire évoluer les mentalités. Il est urgent d’agir, et de proposer une plus grande ouverture d’esprit à ceux qui seront amenés à accéder à des responsabilités.

Nous pensons qu’un engagement civique étudiant, commun à tous les futurs cadres et responsables de notre société, peut y contribuer.

Ⅰ. Constat : déconnexion des élites et manque de cohésion sociale

Responsables politiques, dirigeants d’entreprises ou d’institutions culturelles et sociales : en France, une grande partie des personnes au sommet de la hiérarchie sociale et professionnelle n’a jamais été personnellement confrontée aux disparités et aux inégalités qui tiraillent cette société. C’est pourtant dans et pour cette même société que ces personnes seront amenées, au cours de leur carrière professionnelle, à définir des orientations et à prendre des décisions. Les universités et a fortiori les grandes écoles ne peuvent continuer à former de futurs dirigeants, sans que ceux-ci n’aient été amenés pendant leur formation à faire l’expérience concrète des réalités de cette société.

Ⅱ. Élites, inégalités sociales et égalité des chances : une question mal posée

La question du fossé entre élites et société reste trop souvent posée à travers le seul prisme de la promotion de l’égalité des chances. Cette valeur, chère à la France, se réduit à quelques initiatives en faveur d’un recrutement plus diversifié des élites, comme si l’accès aux grandes écoles de certains rares élèves défavorisés mais particulièrement méritants suffisait à résoudre la question des inégalités sociales et de la mixité sociale des dirigeants.

Ⅲ. État des lieux des dispositifs actuels : nécessaires, mais pas suffisants

Les dispositifs actuels (agence pour le service civique, dispositifs d’ouverture sociale dans les grandes écoles, associations étudiantes), représentent déjà des avancées. Cela dit, une limite majeure est évidente : l’engagement des étudiants est conçu et vécu comme parallèle sinon secondaire par rapport à la formation proprement dite. Ces modes d’engagement sont facultatifs, et ne concernent qu’une partie des jeunes.

Ⅳ. Projet : un module obligatoire mais adaptable à chacun et axé sur l’engagement citoyen

Quoi ?

Pour être pertinent, un tel module consacré à « l’engagement citoyen » doit être :
- intégré de plain-pied dans la formation,
- obligatoire pour tous les étudiants en Master et de grandes écoles
- valorisé en étant évalué et validé sous la forme de crédits ECTS dans le cursus, afin de renforcer la motivation des étudiants
- diversifié dans les activités proposées aux étudiants, afin que cet engagement citoyen ne soit pas perçu comme une corvée imposée mais comme une expérience formatrice à laquelle ils prennent part de manière responsable.

Comment ?

Ce module sera effectif grâce à la mise en place de partenariats avec des collectivités territoriales, établissements publics (écoles, hôpitaux, musées) et associations. Il pourra s’appuyer sur les associations étudiantes existant déjà dans les universités et les grandes écoles.

Exemples : soutien scolaire, visites à des personnes âgées, organisation de visites de lieux culturels à l’intention de publics socialement éloignés de telles pratiques culturelles, engagement dans des associations partenaires (Restos du cœur, Secours populaire).

Pourquoi ?

Un engagement citoyen obligatoire et commun à tous les étudiants permet de surmonter les objections régulièrement émises dans le débat récurrent contre le caractère obligatoire du service civique : organisation, coûts, rejet étudiant.

Il n’est pas question ici de charité, ni de bonne conscience acquise à peu de frais. Il s’agit de former de futurs responsables en prise avec la société dans laquelle ils vivent.

S’appuyant sur les dispositifs d’ouverture sociale et les différentes associations étudiantes existantes en amont, n’impliquant pas de rémunération, et reposant sur une pluralité d’engagements possibles, l’instauration d’un engagement citoyen étudiant n’est pas seulement possible : elle est nécessaire.

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